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CHRONIQUE

100% CHASSE À L'ARC

Par Johny Ricard

La plupart des mâles matures sont souvent captés la nuit sur les caméras de surveillance car ils évitent de passer de jour près des sites où ils détectent la présence de chasseurs. Pour les déjouer il faut apprendre à connaître leurs habitudes et à chasser stratégiquement.

Le mythe de «transformer»
un chevreuil nocturne

Chaque automne, une même question revient sans cesse: comment amener un chevreuil nocturne à se montrer de jour? Parfois, on entend dire qu’avec un bon produit, on peut «transformer» un buck qui ne sort qu’à la noirceur en un visiteur régulier de jour. Ce n’est pas aussi simple. Le chevreuil a ses habitudes bien ancrées. S’il est nocturne, c’est souvent parce que votre site se trouve à l’extérieur de sa zone cœur, ou parce que son instinct lui dicte que l’endroit n’est pas sécuritaire.

Pour vous donner un exemple concret, il y a quelques années, ma conjointe Élisabelle chassait un site appâté où nous n’avions que des jeunes individus sur les photos. Ce matin-là de novembre, je me suis installé dans une passe naturelle non loin d’elle, entre un dortoir et un site nourricier. En plein jour, un gros buck est passé devant moi. Il évitait le site appâté et se déplaçait dans une zone plus tranquille, où il se sentait en sécurité. Ce mâle aurait très bien pu être aperçu la nuit sur les caméras près du site appâté, mais en plein jour, il privilégiait les endroits avec une faible présence humaine. C’était la première fois que je mettais les pieds à cet endroit et «comme par magie», un vrai buck mature s’est présenté devant moi. Ça montre qu’il ne sert à rien de vouloir changer les habitudes d’un chevreuil. Il faut plutôt apprendre où et quand il est actif.

Un beau mâle déjoué par l’auteur alors qu’il s’était installer entre un dortoir et un site nourricier.

Les jeunes mâles sont les premiers à se faire photographier en plein jour. Ils découvrent le rut, vivent leur première ou deuxième saison avec de la pression de chasse. Ces jeunes sont moins prudents et plus enclins à se compromettre de jour. Le buck mature, lui, est beaucoup plus méfiant. Il évite souvent les endroits à forte présence humaine le jour, préférant la nuit pour se déplacer à ces endroits. Surtout pendant le rut, il parcourt un grand territoire. On peut facilement se retrouver à un endroit qu’il fréquente presque uniquement la nuit. Son comportement est le fruit d’années d’expérience et d’instinct de survie. Ce n’est pas une odeur ou un leurre qui va lui faire changer ses habitudes. Cela dit, les produits attractifs ont quand même leur utilité. Un bon leurre ou une odeur naturelle peut attirer un buck qui passe, le faire s’arrêter ou le rapprocher pour qu’il soit à portée de tir, sans pour autant qu’il change complètement sa routine.

Selon l’auteur, une bonne odeur attractive installée au bon endroit pourra contribuer à faire passer un beau mâle à portée de tir, sans toutefois changer ses habitudes.

La plupart du temps, les mâles matures apparaissent devant nos caméras la nuit. Certains croient alors que le buck finira par se présenter en journée. Ce n’est pas automatique. Une présence nocturne ne garantit pas une activité diurne. Parfois, ce mâle ne sera pratiquement jamais chassable à certains endroits précis en pleine lumière. La clé, c’est d’adapter sa stratégie avec une bonne lecture du territoire. Il faut identifier les bons secteurs, comme les zones de couchage, de nourriture et les corridors naturels. En chassant ces endroits au bon moment et en limitant son empreinte olfactive, on augmente considérablement ses chances. L’exception à la règle: pendant le «peak» du rut, un site régulièrement fréquenté par les femelles peut provoquer le passage, souvent unique, d’un mâle mature, à condition d’avoir la patience d’y rester à l’affût de longues heures. Je réserve souvent ce moment pour surveiller un point stratégique, là où j’ai observé la plus forte présence de femelles les jours précédents. Cet endroit peut très bien être un site appâté, tant qu’elles s’y sentent en sécurité.

La chasse, ce n’est pas de la magie. C’est de la stratégie, de la patience et du respect du comportement naturel du gibier. Plutôt que d’essayer de changer l’animal, il faut apprendre à le lire et à comprendre ses habitudes. C’est là que la chasse devient efficace. En résumé, le mythe du chevreuil nocturne qu’on transformerait en buck de jour vend peut-être du rêve, mais sur le terrain, ce sont l’analyse, l’adaptation et la constance qui paient. Apprenez à lire, observer et respecter le rythme naturel de la faune. C’est ça, la vraie chasse.

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