Par
Louis Turbide
ÉDITORIAL
Prochain plan de gestion de l’orignal: on s’en va où?
Alors que la saison de chasse à l’orignal 2025 débute à peine, nos gestionnaires sont sur le point de nous présenter le prochain plan de gestion qui entrera en vigueur à partir de la saison 2026. S’il y a un sujet au niveau des chasseurs qui alimente les conversations c’est bien celui-là et les opinions sont souvent fort partagées.
Selon ce qu’on entend à travers les branches 5 éléments qui apporteraient des modifications importantes sont sur la table! Est-ce que tous ces points seront retenus ou s’en ajoutera-t-il d’autres? C’est que ce que nous saurons dans les prochaines semaines. Bien humblement et en tant que chasseur, je me permets de vous donner mon opinion à ce sujet!
1e point : abandon du principe de l’alternance en faveur de l’instauration d’un tirage au sort pour les orignaux sans bois et ce partout au Québec.
Bien que le principe de l’alternance ait permis de faire croître les populations d’orignaux comme jamais auparavant, on dirait que sur le terrain l’orignal a besoin d’un moyen de gestion plus serré. Le principe de tirage au sort faciliterait selon moi le contrôle autant des baisses de cheptel importantes constatées sur certains territoires que les hausses de cheptel qui dépassent la capacité de support de l’habitat dans d’autres zones du Québec. Personnellement je suis totalement pour cette mesure car en plus, comme je le disais dans mon éditorial précédent, la strate de population des veaux a besoin d’un coup de main et en incluant les veaux dans les tirages des orignaux sans bois, on irait dans le bon sens.
Pour les chasseurs qui argumentent que certaines zones sont trop grandes pour appliquer le principe de tirage au sort car la densité d’orignaux peut varier énormément dans une même zone, il ne faut pas oublier que toutes les zecs et pourvoiries à droits exclusifs pourraient avoir pour leur territoire un nombre de permis d’orignaux sans bois alloué et révisable à chaque année.
Tant qu’à gérer efficacement, je serais même prêt à faire comme dans le Maine et à obliger une personne qui a sorti au tirage d’un orignal sans bois à ne prélever que cette strate de population. Cette façon de gérer serait très efficace dans les zones où le cheptel est totalement débalancé en faveur des femelles par exemple.
Certains vont dire que le gouvernement va encore une fois piger dans nos poches et je suis totalement en accord avec ce constat. Ne serait-il pas le temps que l’argent issu des tirages au sort du genre assure un suivi des populations via des inventaires aériens plus fréquents? Personnellement, je serais prêt à payer le double pour assurer un tel suivi!
2e et 3e point: hausse du nombre de coupons de transport pour l’enregistrement d’un orignal et modification de la notion d’expédition
Vu les baisses significatives du cheptel dans certaines régions du Québec, il est à propos d’augmenter le nombre de coupons pour la récolte d’un orignal. Par contre, cette avenue doit être évaluée zone par zone car ce qui est pertinent en Mauricie par exemple ne l’est peut-être pas en Gaspésie. Pour donner des résultats, elle doit absolument être accompagnée d’une modification de la notion d’expédition de chasse qui est contournable trop facilement. Ainsi, les chasseurs mal intentionnés auront plus de difficulté à se trouver des permis supplémentaires pour récolter le même nombre d’orignaux qu’auparavant.
4e point : ajout de la notion de chasse de groupe
Pour ceux qui ne le savent pas la notion de chasse de groupe permet à un groupe identifié avant le début de la saison de chasse et ayant signé une entente à cet effet de pouvoir chasser tant que le nombres de bêtes permises pour un groupe n’est pas atteint. Ce principe est déjà permis par exemple à la chasse au chevreuil à l’Île d’Anticosti.
Si cette notion est insérée pour permettre le partage des permis d’orignaux sans bois qu’un groupe pourrait détenir, je n’ai aucun problème avec cette mesure. Par contre, je n’irais pas jusqu’à permettre à tous les membres d’un groupe, qui peut dans certains cas compter jusqu’à 20 chasseurs, de chasser tant que tous les permis ne sont pas remplis. Ça serait très irresponsable de maintenir une telle pression de chasse dans un secteur! Selon moi, le partage d’un permis d’orignaux sans bois devrait être limité à 4 chasseurs au maximum.
5e point : interdiction d’utiliser et/ou de vendre de l’urine naturelle d’orignal
Selon ce que j’ai entendu, c’est plus la vente d’urine d’orignal de façon commerciale qui serait dans la mire du ministère. La raison? Contrôler l’introduction sur le territoire québécois d’urine provenant de provinces ou pays qui ont déjà eu des cas de MDC sur leur territoire pour ainsi en éviter la propagation. Bien que je trouve cela navrant, je peux comprendre tant que les chasseurs puissent continuer de récolter l’urine de l’orignal qu’ils ont récolté pour leurs besoins personnels. Je trouverais cela très exagéré d’aller jusque-là alors qu’aucun cas de MDC n’a été détecté chez les orignaux du Québec.
Conclusion
La gestion des populations d’orignaux du Québec n’est pas une mince affaire et je ne voudrais pas être dans les souliers des gestionnaires qui ont à trancher. En revanche, il ne faut pas être naïf et penser qu’on puisse maintenir des populations d’orignaux en haut de la capacité de support d’un habitat. Selon moi, l’instauration du principe du tirage au sort pourra permettre de gérer les hausses et baisses importantes de notre cheptel québécois si bien entendu les suivis de population sont effectués rigoureusement.
En terminant, je vous invite à écouter le podcast que moi et mon co-animateur Philippe Paradis avons réalisé en lien avec le futur plan de gestion!
Aaaa

