Sont-ils moins vocaux?
La chasse à l’orignal a connu une véritable explosion en intérêt au cours des vingt dernières années et ce loisir est devenu plus accessible que jamais. Les chasseurs disposent aujourd’hui d’outils puissants et variés: GPS et applications comme Avenza Map, appeaux électroniques, six-roues, Zoleo, magazine web gratuit comme 100% CHASSE PÊCHE ainsi que des formations en ligne. Bref, jamais nous n’avons été aussi bien équipés et informés.
Depuis un certain temps, certains chasseurs avancent que les orignaux seraient moins vocaux qu’autrefois, moins prompts à répondre, moins démonstratifs et globalement plus silencieux. D’autres mettent en avant différentes explications possibles, comme une «éducation» acquise à force de côtoyer des chasseurs toujours plus habiles. Ces hypothèses ne s’excluent pas mutuellement et méritent une réflexion.
Plutôt que de trancher entre ce qui serait vrai ou faux, je préfère explorer différentes pistes et proposer des angles supplémentaires qui pourraient contribuer à expliquer ce phénomène.
Plusieurs chasseurs ont l’impression que les orignaux répondent moins bien qu’avant à leurs appels.
Les potentielles causes
Lorsqu’on observe une tendance, il est rare qu’elle s’explique par une seule cause. Bien souvent, il s’agit plutôt du résultat combiné de plusieurs facteurs. Le territoire québécois est immense et chaque zone de chasse présente ses propres réalités: la pression exercée par les chasseurs, la densité des orignaux, la structure d’âge des populations ou encore la période de chasse. Dans ce contexte, il me paraît improbable de résumer ce phénomène à une seule hypothèse et c’est pourquoi je vous propose quelques pistes de réflexion.
La structure d’âge des mâles
Dans les populations exploitées où la pression de chasse est forte, on remarque assez facilement un changement dans la structure d’âge des orignaux. La fourchette d’âge des mâles est plus restreinte. Les grands mâles «matures» deviennent plus rares et la population se compose davantage de jeunes individus. Or, la littérature scientifique souligne que la réactivité et l’agressivité des mâles dépendent en grande partie de leur niveau de testostérone. Les jeunes, qui en produisent moins que les plus vieux, se montrent logiquement moins agressifs et moins réceptifs à certaines techniques de chasse.
La pression de chasse
Dans plusieurs régions du Québec, la pression de chasse est très forte et elle joue, selon moi, un rôle majeur dans le comportement de l’orignal. Ce grand cervidé perçoit de nombreux stimuli provenant de son environnement, qu’il s’agisse d’odeurs, de bruits ou de mouvements. Ces stimuli envoient des signaux qu’il doit bien analyser s’il veut survivre. Plus l’orignal est âgé, plus sa perception du danger est fine et plus il devient habile pour détecter les menaces dans son environnement. À l’inverse, un jeune orignal qui a été confronté à moins de situations au cours de sa vie ne percevra pas nécessairement certains stimuli comme dangereux simplement parce qu’il n’y a jamais été exposé. Dans ce contexte, il devient logique que la grande variété d’appels, d’odeurs et de mouvements en véhicule générés par les chasseurs simultanément puisse provoquer chez plusieurs orignaux une réaction de défense. C’est-à-dire des orignaux qui répondent sur une moins longue distance, des mouvements plus nocturnes et le retrait des bêtes dans des coins moins accessibles pour le chasseur. C’est ce que j’appelle dans mes mots: l’instinct de survie qui passe avant celle de se reproduire.
Des automnes plus chauds
En période de rut, un facteur qui peut largement influencer notre perception de la réceptivité des orignaux est sans aucun doute la température. Je discute régulièrement avec des chasseurs d’expérience et il est très fréquent de les entendre affirmer que les automnes sont beaucoup plus chauds qu’autrefois. Une chose est certaine: l’orignal est un animal massif et il est relativement sensible à la chaleur. Dans ce genre de contexte, ils sont souvent plus réceptifs aux extrémités de la journée. Sinon, durant la journée, ça demande souvent plus de proximité avec eux pour espérer obtenir une réaction de leur part.
Le ratio mâle/femelle
Dans les zones où la pression de chasse est élevée, il est fréquent d’observer des ratios débalancés largement en faveur des femelles. Ce type de situation peut influencer notre perception de la réceptivité des orignaux à certaines périodes. Par exemple, lors du pic central du rut qui survient vers la fin septembre, la proportion de femelles connaissant leur première ovulation est à son maximum. Il est donc logique d’imaginer que les mâles, souvent confinés avec différents groupes de femelles soient moins réceptifs à vos appels.
Lorsque le ratio mâle/femelle est fortement débalancé en faveur des femelles et que pratiquement tous les mâles d’un territoire sont accompagnés, il est normal qu’il soit alors plus difficile d’obtenir une réponse de leur part.
Évolution de l’habitat
L’orignal n’a pas de territoire strictement défini. En réalité, ce grand cervidé possède un domaine vital, qui est influencé par de nombreux facteurs. L’occupation de certains habitats varie surtout selon ses besoins du moment. Autrement dit, un habitat peut être très fréquenté pendant plusieurs années, puis devenir délaissé à la suite de perturbations importantes. De leur côté, plusieurs chasseurs évoluent plusieurs automnes dans le même territoire de chasse. Or, l’habitat change au fil des années. Il est donc probable d’observer une diminution des cris et moins d’interactions, simplement parce que certains orignaux ont quitté le secteur au profit d’un habitat plus favorable pour cette période.
Des perturbations, comme l’arrivée d’une coupe très récente sur un territoire, pourront temporairement causer le déplacement des orignaux vers des habitats plus propices et par ricochet rendre les interactions avec eux beaucoup plus difficiles.
En d’autres mots…
Une chose est certaine : les orignaux réagissent de la même façon qu’auparavant à la pression de chasse. L’espèce ne peut pas évoluer sur une si courte période. Cependant, elle possède une réelle capacité à s’adapter aux perturbations qui surviennent dans son environnement. La réalité de chaque secteur est très différente. Comme mon article le démontre, il existe de nombreux facteurs et variables à considérer, ce qui complexifie la tâche de déterminer avec précision les causes exactes à l’échelle du Québec.
En conclusion
Finalement, les différentes causes que j’ai évoquées offrent quelques pistes pour expliquer dans certaines situations, la perception que nous, chasseurs, pouvons avoir du comportement des orignaux. Je vous invite lors de vos prochaines réflexions à considérer les points soulevés dans cet article. Bien humblement, P-A! Bonne saison de chasse, les passionné(e)s.
L’auteur donne son avis et offre quelques explications possibles concernant les orignaux qui semblent moins réceptifs.





