Cacher sa cache :
principes de bases

SAUVAGINE

Par Michel La Haye*
*L’auteur est guide
de chasse à la sauvagine

Introduction

La dissimulation est un aspect de la chasse à la sauvagine qui m’a toujours fascinée et pour laquelle j’ai développé une grande expertise avec le temps et les nombreuses erreurs commises depuis 50 ans!  Peu importe la qualité de votre installation d’appelants et celle de vos appels, si vous êtes mal caché, vos chances de réussir de belles sorties diminueront sérieusement. En éliminant la possibilité qu’un mauvais camouflage fasse hésiter les oiseaux à entrer dans votre plan, vous vous simplifiez aussi grandement la tâche, car vous n’aurez plus qu’à vous concentrer qu’aux modifications à apporter à votre installation d’appelants ou à vos appels en cas de pépin.

Un chasseur sachant chasser sait cacher sa cache!

Il est essentiel que les oiseaux commencent leur approche de loin, attirés par votre installation d’appelants et vos appels, et qu’ils finissent par aboutir dans la zone de tir efficace en toute confiance. Votre pire ennemi, bien avant d’éventuelles fausses notes ou des appelants ignorés par le gibier, est certainement un camouflage déficient! Eh oui, même avec 500 des meilleurs appelants du monde et les dix meilleurs «calleurs» en Amérique, rien ne sera vraiment efficace si les oiseaux détectent votre présence avant d’arriver à portée de tir.

Prenons par exemple les canards barboteurs au champ, sans doute par mesure instinctive de prudence face à leurs innombrables prédateurs, ils ont l’habitude de tourner plusieurs fois autour de leur lieu de gagnage au champ avant de s’y jeter. Ils le font naturellement, y compris lorsque d’autres vrais canards se trouvent au sol et que rien de détectable ne les menace. Alors imaginez un peu leur réaction s’ils se doutent le moindrement de votre présence! Combien de fois avez-vous entendu les ailes de canards siffler tandis que ceux-ci s’éloignaient de votre position après quelques tours rapprochés? L’an dernier, à l’action de grâce, nous avons fait, mes amis, aides de chasse et leur famille, une excellente sortie avec les limites de barboteurs et de bernaches. Malgré le grand nombre de chasseurs (10 en tout, dont trois jeunes hommes) et beaucoup d’action, le gibier n’y voyait que du feu, c’est le cas de la dire (vidéos 1 à 3 et photo 1 et 2).

Photo 1: le plus jeune du groupe, assez bien caché pour pouvoir jouer sans nuire à la chasse en attendant la prochaine volée d’oiseaux !

Photo 2: belle photo de la famille de mon ami et aide de chasse Angie, regardez-moi ces beaux sourires, souvenir à jamais gravé dans nos mémoires.

Vidéo 1

Vidéo 2

Vidéo 3

Vidéos 1 à 3: ce que permet une cache invisible qui camoufle la présence des chasseurs sans faillir? De voir sans être vu, de duper le gibier et surtout, de permettre aux chasseurs de bien travailler les voiliers qui entrent même s’ils doivent bouger un peu et qu’ils font plusieurs tours de suite près ou au-dessus de celle-ci.

Cela m’arrivait souvent à mes débuts, et j’ai fini par en déterminer les raisons. Les canards fréquentent un site d’alimentation moins longtemps que les outardes, par exemple; un peu comme les oies blanches, ils ont la bougeotte et s’habituent peu à un endroit donné, contrairement aux dortoirs. Mais ils perçoivent quand même très bien les changements importants dans le paysage, surtout les mouvements. Il vous faut donc jouer sur ces deux plans, sans quoi vous n’aurez que des tirs à bout de portée sur des oiseaux en plein vol et non compromis au-dessus de vos appelants.

Certains diront que c’est un pléonasme de dire qu’il faut cacher sa cache, mais il n’en est rien! La cache prend différentes formes, érigée debout avec une structure en A, couchée comme il en existe plusieurs modèles, fixe avec le classique couvert de cèdre ou de foin ou encore simplement le fond d’un fossé, assis parmi les appelants, sur la terre ferme ou sur l’eau avec une chasseuse, une graine de melon ou bien une calleuse. Dans toutes ces circonstances vous, et la cache, devez absolument passer inaperçus! Dans un très bon article américain sur le sujet, le titre était «blend not blind» et ça dit tout! Il faut non seulement éviter d’éveiller les soupçons des oiseaux en approche, mais surtout lors des nombreux tours qu’ils effectueront avant de choisir de se jeter. Et que dire des journées de grands vents alors que leur approche finale peut prendre une éternité avant qu’ils ne soient à portée de tir. C’est une façon d’obtenir une chance supplémentaire si un membre du groupe bouge prématurément, ou lorsque vous déciderez de vous lever pour faire feu. Une cache bien placée et camouflée sera ignorée par le gibier, qui se concentrera sur son approche au travers les appelants! (photo 3 et vidéo 4).

Photo 3: durant cette chasse tardive, les canards entraient entre la cache et le plan sans façon et sans jamais nous détecter même en passant au-dessus de la cache plusieurs fois de suite.

Vidéo 4: un gros groupe de bernaches complètement dupes et confiantes entrant au plan même après nous avoir survolés à plusieurs reprises. !

Principes de base

Après cette introduction sur l’utilité de bien se dissimuler, j’aimerais vous communiquer les principes de base, accompagnés de quelques trucs, d’un camouflage de cache réussi, peu importe le type utilisé. L’éventail des éléments à couvrir est très large et plusieurs articles y seront consacrées pour tous les couvrir, du moins, le mieux possible.

En tout premier lieu, il importe de bien faire la distinction entre la perception de la présence de la cache aux yeux de la sauvagine et de sa visibilité aux yeux des humains.  Par exemple, sur la photo 4, on distingue nettement la cache en A recouverte de branche d’épinette bien visible au bout de la rangée d’épineux.  Cependant, aux yeux des bernaches, il ne s’agissait que d’un arbre de plus au bout de celle-ci qui ne représentait aucun danger car les limites de quatre chasseurs furent atteintes en moins d’une heure à cette occasion (photo 5).

Photo 4: notez la présence de la cache, bien visible avec un regard humain, mais imperceptible pour les bernaches.

Photo 5: une belle chasse réussie entre sauvaginiers passionnés.

Dans le reste de l’article, il sera question des aspects pratiques tels les outils nécessaires pour réaliser un bon «maquillage», les précautions à prendre lors de la récolte des végétaux ou autres matériaux de camouflage, les techniques d’utilisation correcte de la végétation environnante selon la situation du terrain et les imprévus.  En effet, je n’ai pas la prétention de dire que toutes les situations de chasse à la sauvagine possibles et imaginables seront couvertes ici, mais j’aimerais vous faire adopter une approche stratégique qui vous aidera grandement dans toute situation imprévue

Pour se confondre dans l’environnement

Tout d’abord, je peux vous affirmer que depuis 30 ans que je guide, à chaque nouvelle sortie de chasse à la sauvagine que j’entreprends, guidée ou pas, je consacre au moins une heure à préparer la cache, pourtant déjà bien garnie au départ. J’espère donc que cet article vous fera bénéficier de l’expérience acquise depuis toutes ces années passées à parfois sacrer contre les erreurs stupides que j’ai pu faire en tentant de nous rendre invisibles aux yeux du gibier!

Avant d’aborder les détails techniques, voici un bref rappel des principes de base du camouflage d’une cache ou d’une installation de chasse.

Un premier truc simple: si possible, le jour précédent votre sortie, allez voir votre site de chasse au milieu de la journée. Examinez bien les environs, trouvez l’endroit où votre cache sera la moins apparente, remarquez quel type de végétation se trouve autour et faites-en une bonne provision pour le matin suivant.

Malgré cette approche toute simple et naturelle, si vous utilisez la végétation environnante pour camoufler votre cache, n’oubliez pas qu’il faut également que votre arrangement final se confonde au paysage (photo 6 et photo en ouverture d’article).

Ces principes de camouflage demeurent très pertinents et vous devriez vous y référer chaque fois que vous avez à préparer une cache. Passer inaperçu semble un acte banal, anodin, voire superflu qui ne devrait même pas être abordé ici! Mais combien de fois avez-vous vu une belle cache fixe recouverte de cèdre vert sur un fond de joncs jaunis, ou encore une vieille cache non «retapée» sur un fond d’arbrisseaux encore verdoyants?… Très souvent, j’imagine! Que la cache prenne l’apparence de la végétation environnante relève du gros bon sens, pourtant…

Photo 6 et photo en ouverture d’article: ces caches ne peuvent pas être plus invisibles, remarquez l’arrière-plan élevé et l’utilisation des plantes environnantes pour les rendre invisibles.

Prendre le temps la veille d’examiner la végétation environnant le site de chasse que vous occuperez le lendemain s’avère une très bonne idée. Cela vous aidera à prévoir non seulement l’emplacement de la cache, mais aussi les outils nécessaires pour la récolte de la végétation. Vous pourrez également en profiter pour évaluer si la densité présente sera suffisante pour garnir votre cache correctement. Le cas échéant, il faudrait importer du végétal d’un autre site ou en récolter ailleurs le soir précédant la chasse, afin d’accélérer l’installation et le camouflage de votre cache au petit matin.

Enfin, l’importation de végétaux d’un autre site vous permettra d’éviter de dégarnir le milieu environnant votre cache, qui risquerait alors de ne plus se confondre dans le paysage lors de la sortie de chasse.

De bons outils pour du travail efficace

Si je n’avais qu’un seul outil à apporter pour récolter toute sorte de végétation, ce serait une débroussailleuse commerciale munie d’une lame de coupe à quatre dents. Je me sers de cet outil 90 % du temps, car il coupe rapidement et en grande quantité n’importe quel élément végétal se situant entre un brin de foin et des branches de moins de 2 cm (3/4 po) de diamètre.

Le sécateur à main serait mon second choix. Il coupe de plus grosses branches et permet d’ajuster la végétation déposée sur la cache. J’ai pris la précaution de recouvrir les poignées de ce précieux outil avec un ruban d’arpenteur orange vif pour éviter de le perdre durant la préparation de la cache, ce qui m’était souvent arrivé avant d’adopter cette bonne habitude. Je n’utilise pas de scie à chaîne, que je trouve trop dangereuse, étant donné les risques de heurter une pierre ou le sol durant le travail nocturne fait un peu à l’aveuglette malgré l’éclairage d’une lampe frontale.

Voici d’autres outils dont vous aurez certainement besoin tôt ou tard. Un bon râteau de terre, pour récolter la végétation aplatie en fin de saison ou au printemps suivant en prévision de la chasse à l’oie blanche. Un sécateur doté de longs manches extensibles pour couper de belles branches en hauteur souvent mieux garnies avant la chute des feuilles ou une branche trop gênante autour de la cache. Une petite hache pour sectionner des racines au fond d’une cache ou enlever une grosse bosse de terre afin de niveler le sol. 

Si vous vous rendez compte que votre cache est trop apparente ou mal garnie au lever de soleil (toutes les caches paressent bien à la noirceur) ou durant la chasse, une serpe ou une débroussailleuse manuelle vous permettra de récolter rapidement de la végétation et de corriger le camouflage de la cache à la dernière minute. Enfin, une petite scie à bois pliable s’avère indispensable en cas de panne de la débroussailleuse, car elle facilite la récolte rapide des longues herbes si on l’utilise un peu comme une faux. Comme je viens de le souligner, souvent, à la noirceur, les défauts de votre installation ne paraissent pas, mais ils deviennent évidents à la clarté du jour. La végétation déposée sur la cache finit parfois par se désagréger lorsque les chasseurs font feu ou qu’ils se déplacent autour ou dans celle-ci. Ces outils, moins encombrants que la débroussailleuse mécanique, vous aideront à vous tirer d’affaire sans vous faire remarquer par le gibier durant la chasse.

D’autres petits accessoires sont aussi indispensables pour obtenir un résultat satisfaisant lors du camouflage de votre cache, comme des attaches en plastique (Tie Wrap), du ruban gommé à conduits (Duck Tape) brun ou noir de préférence, du ruban de camouflage industriel, du ruban électrique, de la petite broche et des lanières élastiques rondes (au moins 3/16 po de diamètre). Ils vous serviront à maintenir ou à attacher temporairement la végétation à votre cache, et parfois, à réparer celle-ci de manière provisoire le temps de la chasse. Les longues lanières élastiques retiennent la végétation récoltée sur les panneaux de mes caches surélevées. Elles peuvent aussi camoufler une cache jaunie avec de la végétation verte.

Une fois bien outillé, il faut considérer les grandes lignes des précautions à prendre lors de la récolte de la végétation. Cela peut sembler banal, mais quand le bleu du ciel pointe au petit matin, ce n’est pas le temps de recommencer la récolte de matériaux et le camouflage de la cache!

Précieuse récolte fragile

L’automne, la végétation est en sénescence, c’est à dire qu’elle entre dans un processus de dépérissement accéléré qui la fragilise, surtout après les premiers gros gels au sol. Lors de la coupe, au moyen de la débroussailleuse par exemple, on effectuera un balayage dans un sens seulement, en avançant entre chaque coupe pour éviter d’abîmer les brins projetés au sol lors de la coupe précédente. Cette approche facilite la récolte, car les brins d’herbe ou d’arbrisseaux se trouvent tous orientés dans la même direction. Ils sont ensuite ramassés en touffes serrées, qu’il faut transporter rapidement vers la cache, pour éviter qu’elles se fassent piétiner par un chasseur désireux de vous donner un coup de main….

Si vous effectuez votre récolte la veille, prenez soin d’attacher les végétaux en paquets serrés au moyen de ficelle de jute ou de corde à balle, ils arriveront ainsi intacts à la cache le lendemain matin (photo 7). En effet, des brins d’herbacés courts et brisés sont fort peu utiles pour camoufler une cache! Il faudra avoir la même approche avec les fagots de branches, surtout s’il y reste des feuilles. Si vous êtes pris de court au petit matin, vous pourrez toujours utiliser ces fagots directement et sans façon (photo 8).

Photo 7: fagots de phalaris roseau assemblés pour une utilisation ultérieure

Photo 8: fagots disposés directement sur la cache pour dépanner au petit matin.

Si vous devez récolter de la végétation couchée au sol tard en saison, ou encore des restes de tiges de maïs, un bon vieux râteau de terre fera du travail efficace, en arrachant littéralement tout le plant du sol. Dès que vous en aurez accumulé une bonne brassée, vous récolterez les tiges et les transporterez rapidement. Toutefois, cette végétation est beaucoup plus fragile que celle plus fraîche du début de saison; évitez de la serrer trop fort lorsque vous attachez les paquets, sinon les brins et les tiges risquent de se désagréger, réduisant à néant vos efforts de récolte.

En toute fin de saison, faites des provisions des différents types de végétation se trouvant sur vos sites de chasse. Outre les restes de récolte, les principaux végétaux à récolter sont les grandes plantes de succession, comme la verge d’or, l’alpiste roseau (grand foin jaune vif l’automne), les framboisiers et le brome (dont les tiges sont très friables en fin de saison). Le phragmite, plus présent au sud et dont je me sers pour fabriquer les panneaux de mes caches surélevées, couvre très bien n’importe quel genre de cache. Il faut en couper les têtes touffues des tiges qui en portent pour éviter la propagation des graines de cette plante envahissante. En Ontario cependant, son transport est interdit.

D’autres types de végétation se conservent toutefois très mal, comme la quenouille, qui se désagrège rapidement après la récolte, les branches de conifères qui perdent tôt ou tard leurs épines (cependant, les feuilles du cèdre tiennent bien durant toute la saison) et les branches de feuillus dont les feuilles tombent rapidement après la cueillette en automne. Pour ces végétaux, je fais mes récoltes au fur et à mesure, le matin même et selon les besoins de la chasse.

Entreposez la végétation récoltée toujours dehors à l’ombre (et partiellement à l’abri de la pluie) pour éviter qu’elle ne s’assèche et ne dépérisse trop rapidement en pourrissant. Personnellement, je garde au moins trois bons paquets de chaque type de végétation à l’abri, dans un grand bâtiment non isolé en prévision de la chasse à l’oie du printemps suivant. Il faut en revanche se méfier des souris qui aiment bien y faire leur nid, quelques boules à mite judicieusement placées les éloigneront!

En résumé

Comme pour toute sortie de chasse, la préparation est la clé du succès. Sachant déjà la veille de la chasse quel type de végétation devra être utilisé le lendemain, le chasseur sera moins démuni lors de l’installation du site de chasse. Étant donné que les prédictions de la direction et de la force du vent changent souvent à la dernière minute, j’aime mieux installer le plan le matin même pour que la cache soit située du bon côté du champ ou du cours d’eau, avec le vent de dos ou venant au moins à angle de l’arrière. Il n’y a alors pas de temps à perdre à chercher partout des matériaux végétaux pour camoufler votre cache, et il vous faudra être prêt et efficace.

Dans une autre publication (article ou chronique), je passerai en revue différentes situations de chasse exigeant des approches variées pour le camouflage de votre cache, en présaison alors que tout est vert, aux mois chastes d’octobre et de novembre, et à la venue de la neige et des gros gels en décembre.

En attendant, je vous suggère de déjà repérer autour de chez vous, ou chemin faisant vers votre territoire de chasse, les talles des différents types de végétaux. Vous pourrez ainsi consacrer plus de temps à la prospection lorsque les migrateurs se pointeront le bout du nez au lieu de devoir chercher ces matériaux de camouflage un peu partout. Pour ma part, je laisse une bonne bande de terrain non désherbée le long de la ligne de propriété qui me sépare de mes voisins, dans laquelle je sème volontairement quelques espèces d’herbacés que je récolte au besoin durant la saison de chasse. Bonnes récoltes de mauvaises herbes cette automne!

Retour en haut