Gaspareaux découverts dans le ventre de saumons.
Les contenus stomacaux :
un indice à ne pas négliger!
Que ce soit à la pêche à la truite ou au doré, je me fais toujours un devoir de jeter un coup d’œil au contenu des estomacs de mes premières prises. On y fait souvent des découvertes étonnantes. Par exemple, lors de ma première visite à la pourvoirie du Lac Lacroix au nord-ouest du réservoir Gouin, j’avais découvert à ma grande surprise que les dorés se gavaient de petits ciscos, un poisson fourrage commun dans les lacs profonds du nord et souvent associé au touladi. Ce qui était étonnant, c’est que ce petit poisson argenté vit dans les zones profondes des plans d’eau sous la thermocline (une zone de transition entre l’eau très froide en profondeur et l’eau chaude de surface) en été et que pour s’en nourrir les dorés doivent faire des incursions dans la thermocline et même sous celle-ci pour en faire leur proie. Mais les ventres bien ronds des dorés remplis de ciscos étaient la preuve éloquente que ces percidés opportunistes s’en gavaient.
Beau doré capturé au Lac Lacroix par Réjean Lemay. Remarquez l’apparence du leurre employé s’apparentant à la robe argentée du cisco (vignette).
Autre point étonnant, le Lac Lacroix n’est pas un lac profond et la grande baie dans laquelle je pêchais est un des seuls endroits assez creux où les ciscos peuvent se réfugier en été afin d’y retrouver une eau suffisamment froide pour convenir à leurs besoins. Concentration de proies signifie donc aussi concentration de dorés et excellent secteur de pêche. À la découverte de cet indice, nous avons donc avec raison attaché des leurres de plastique souple aux reflets argentés à nos dandinettes et le succès ne s’est pas fait attendre. Autre indice provenant de la découverte du cisco comme proie pour les dorés, ce petit poisson argenté vit entre deux eaux et par ricochet, le doré pour s’en nourrir doit aussi passer une partie de son temps en suspension pour le chasser. Voilà donc qui expliquait la présence en grand nombre de poisson en suspension sur l’écran du sonar. On a alors attaché des poissons nageurs à bavette de grande plongée et en peu de temps nous nous sommes retrouvés aux prise avec de beaux dorés capturés dans 25 pi au milieu du lac dans une profondeur de plus de 90 pi… Des poissons que nous n’aurions jamais capturés sans la découverte des ciscos dans les estomacs des dorés.
Autre exemple, lors d’une ouverture de la pêche à la mouchetée dans les Hautes-Laurentides nous avions découvert de nombreuses sangsues dans les contenus stomacaux des poissons. J’ai alors décidé de tenter ma chance avec une petite queue ondulante noire Teenie de Mister Twister et ce fut le bon choix. Les truites attaquaient le leurre lorsque je le récupérais ultra lentement près du fond. À une autre occasion nous avions découvert de grosses salamandres dans le ventre des plus grosses truites. Mon ami Daniel se trouva donc de petites imitations de salamandre en plastique souple et à sa visite suivante en utilisant ce gros leurre piqué avec deux hameçons il réussit à prendre la plus grosse prise du séjour. Une capture qui n’aurait jamais eu lieu sans l’observation des contenus des estomacs de nos prises.
Ajoutez le texte de votre infobulle ici
Découverte de sangsues partiellement digérées dans l’estomac de truites mouchetées (A), et à une autre occasion d’une grosse salamandre (B).
Bref, vérifier le contenu des estomacs de nos prises ne prend que quelques minutes, mais pourra souvent nous aiguiller rapidement vers l’utilisation d’un leurre ou du moins d’une couleur de leurre avec le meilleur potentiel du moment. Un indice facile à obtenir et qui peut valoir son pesant d’or pour bien imiter les proies les plus utilisées par nos poissons favoris. C’est ce que nos amis anglophones appellent «Match the Hatch»…
Technique inversée…
Bien que mon instinct me dicte toujours de commencer par imiter le plus fidèlement possible les proies du moment chasser par les poissons que je pêche, il n’en demeure pas moins que si cette approche ne donne pas les résultats souhaités, je vais souvent faire le contraire et présenter un leurre qui jure totalement avec ce que mangent normalement les prédateurs aquatiques. Pour une raison difficile à expliquer, il est fréquent que cette stratégie porte ses fruits. Je soupçonne que parfois les poissons subissant une forte pression de pêche deviennent blasés de toujours voir défiler le même leurre devant leur nez (la plupart du temps une cuillère suivie d’un bas de ligne, d’un hameçon et d’un ver de terre pour la truite) et que la présentation d’un leurre avec une action et/ou une teinte complètement différentes déclenche leur instinct de prédateur. Tout nouveau tout beau comme on dit… Mais bon il y a sûrement d’autres raisons qui expliquent cet intérêt pour les leurres attrayants plutôt qu’imitatifs (comme la teinte de l’eau), mais ce qui est certain, c’est que ça marche et qu’il ne faut jamais hésiter à mettre à l’essai des leurres aux teintes voyantes ou même criardes lors d’une journée de pêche. C’est parfois tout ce que ça prend pour réveiller les poissons…
Parfois les couleurs très attractives sont beaucoup plus efficaces que les teintes naturelles plus neutres.

